2009/05/13

Re: On marche sur la tête !

Face at the Window/Paper
Une idee pour ce qu'elle vaut, inspiree par la reponse que j'ecrivais a un post de Bruno Bellami contre la loi Hanopi en France. Bruno, ton avis m'interesse beaucoup, ainsi que celui de tes lecteurs, parce que si des artistes de renom voulaient participer, je pourrais peut-etre payer des etudiants pour developper un systeme tel que decrit ci-dessous.
Un ami americain (Jason Hartline) a travaille dans un papier de recherche sur les encheres digitales ( Competitive Auctions, with Andrew Goldberg, Anna Karlin, Mike Saks, and Andrew Wright, Games and Economic Behavior, 2006.), ou l'artiste (en general, le producteur d'un document numerique, ou l'equipre productrice incluant l'editeur et les artistes impliques) fixe le prix TOTAL P de son oeuvre (i.e. prix de production + benefice desire), et met aux encheres sur Internet le droit d'acces et de copie pour une date fixee (et fait une pub minimale, par exemple en relachant gratuitement un extrait de son oeuvre, ou une version en basse resolution, ou en redifusant gratuitement des oeuvres passees). Chaque acheteur potentiel indique combien il est pret a payer pour une copie de l'oeuvre. A la date dite, on calcule un prix seuil p de maniere a ce que le nombre de gens ayant propose de payer plus de p, multiplie par p, donne le prix total P. Il est important que les gens ayant propose plus de p ne payent que p pour encourager les gens a etre sincere, et que les gens ayant propose moins de p ne recoivent pas de copie de l'oeuvre.
Pour moi les principaux interets de ce systeme, itere dans le temps sur plusieurs oeuvres d'un meme auteur sont les suivants:
  1. Les acheteurs font la publicite. Plus il y a d'acheteurs, plus le prix baisse. Pas besoin de payer des affiches, des pages de pub a la tele: les acheteurs ont INTERET a faire la publicite de l'oeuvre qui va etre vendue aux encheres.
  2. Les acheteurs n'ont pas interet a difuser la copie qu'ils ont achete immediatement apres l'enchere. A contrario de la situation quand on achete un CD a prix fixe, et ou on ne perd rien a en diffuser une copie; diffuser une copie achetee aux encheres immediatement apres l'enchere encourage les gens a ne pas participer a l'enchere suivante, ce qui fera monter les prix.
  3. Dans une perspective a plus long terme, les acheteurs ont d'une certaine maniere interet a diffuser la copie qu'ils ont achete durant l'enchere pour l'oeuvre SUIVANTE, de maniere a assurer un maximum de publicite a cette nouvelle oeuvre, et un maximum de participation a l'enchere associee.
  4. Cout de distribution reduit et partiellement reporte sur les acheteurs qui veulent s'organiser. Si plusieurs acheteurs se groupent pour faire une seule offre plus importante (et accroitre leur chance d'optenir une copie, qu'ils se diffuseront parmis eux-meme), ca n'est pas de la triche et est integre au systeme: ces acheteurs ont seulement pris sur eux-meme le cout de distribution de l'oeuvre (reduisant le cout en bande passante sur le site distributeur). Si un acheteur se propose de graver des CDs ou d'imprimer des BDs et de les vendre a ceux qui n'ont pas pu participer a l'enchere (soit qu'ils ont oublie, perdu, ou ne connaissaient pas), c'est dans son droit, et il profite a l'auteur en gerant une distribution locale (supprimant les prix de stockage). Dans l'interet des acheteurs ET des vendeurs, le site de distribution de l'auteur peut proposer d'indexer ceux des acheteurs qui proposent de stocker et redistribuer les copies, avec leurs prix.


Je ne vous cache pas qu'il y a des inconvenients (dites moi si vous en voyez d'autres).
  1. Le plus important, est que l'auteur doit accepter un prix fixe pour son oeuvre, plutot qu'un prix croissant avec le nombre de ventes, et doit estimer a l'avance combien il peut tirer de son travail. Ca n'est pas si nouveau, tout modele commercial comprend de telles estimations, et il me semble que certains auteurs vendent deja parfois les droits sur leur oeuvre pour un prix fixe. Ici, la meme chose, mais ils le vendent directement a leurs fans, et obtiennent en retour un potentiel de publicite illimite.
  2. Un second inconvenient, qui me semble plus illusoire et paranoiaque mais neanmoins reel, est qu'une grande companie X peut ruiner la dynamique de ce systeme avec un budget relativement limite: il suffit de participer a toutes les encheres et de redistribuer gratuitement immediatement apres les encheres les copies de chaque oeuvre. Les acheteurs auront alors perdu de l'argent par rapport aux non acheteurs, et seront encourages a ne pas participer a l'enchere suivante, jusqu'a ce que soit l'auteur ne puisse vendre son oeuvre (pas assez d'acheteurs a un prix raisonable) ou ne la vende qu'a la companie X, qui se retrouvera avec le monopole de l'oeuvre, pourra cesser sa politique de distribution gratuite et fixer son propre prix. Une maniere de contrer cette strategie adverse serait de voter une loi autorisant l'auteur a fixer une borne superieure au prix auquel une copie de son oeuvre peut etre vendue. A contrario des lois Hadopi et autres, cette loi ne peut s'appliquer en pratique qu'aux grandes companies et sera donc appliquee un nombre limite de fois (a contrario des lois regissant le comportement des internautes, autrement plus difficiles a appliquer).



Quelle que soit la validite de l'approche decrite ci-dessous, il me semble clair qu'il faut developper des modeles alternatifs de distribution, et que les reseaux de distribution existant (note: je ne parle pas des editeurs) n'ont pas de raisons financieres a le faire au profit des acheteurs de base et des artistes (ou equipes productrices).
Je crois personellement que c'est le role des chercheurs publics (i.e. dans les universites, ou dans la communaute open-source) de definir et de comparer divers protocoles alternatif, le role des artistes d'etre pret a les tester en pratique (et essuyer quelques echecs retentissants, aka Gibson et son roman en ligne), le role des utilisateurs de garder l'esprit curieux et ouvert a ces experimentations, dans l'espoir de reinventer une maniere plus saine d'encourager la creation et de la distribuer.
Meme si le systeme universitaire Francais (et, dans une moindre mesure, mondial) pousse les chercheurs a chercher les profits directs, il est dans la tradition de la recherche academique de viser un profit indirect a la societe: c'est la difference fondamentale entre la recherche privee de la recherche publique.
J'inclus les commentaires de Bruno (que j'ai legerement edites sans les detourner de leur sens, voyez les originaux sur son blog en cas de doute).

eh bien en gros voilà : je ne suis pas 100% partisan de l’auto-édition, qui revient à mélanger plusieurs métiers, alors qu’il y a des gens qui accomplissent très bien les tâches complémentaires à celle de l’auteur, et qui n’ont aucune raison d’être privés de leur boulot. L’autre grosse objection, tu l’as soulevée toi-même : la solution que tu suggères impose un revenu (hypothétique) fixe, alors qu’il est légitime qu’un auteur, qui le plus souvent ne vit pas à la hauteur de la valeur de son boulot, puisse espérer qu’une de ses oeuvres “décolle” et rapporte de quoi compenser les travaux déficitaires antérieurs. Souvent, par exemple, on bosse pendant des mois sur des projets qui finalement ne donneront rien. Si un jour un projet “cartonne”, eh bien c’est la surprise, mais ça vient aussi compenser le manque à gagner. En outre, il ne faut pas négliger la fonction “banquier” de l’éditeur. Une BD, par exemple, demande une bonne année de boulot. Les grandes maisons d’édition peuvent verser aux auteurs des avances sur droit, de quoi bouffer le temps de faire les pages. Un auteur auto-édité ne peut réaliser son oeuvre qu’à condition de vivre chez ses parents ou de gagner au loto… Encore un truc auquel ne pensent pas ceux qui pensent que l’Internet peut “libérer” les gentils auteurs des méchantes maisons d’édition… ;)

Admettons que le principe n’empêche pas la collaboration avec une maison d’édition, mais j’ai peine à croire qu’un éditeur acceptera l’idée d’un rendement fixe, alors qu’ils en sont déjà tous à essayer d’équilibrer leur catalogue entre les oeuvres qui se vendent “moyen” et celles qui compensent par de bonnes ventes. En BD c’est typique : beaucoup de trucs sont publiés et rapportent à peine de quoi payer l’impression, alors que les bonnes ventes permettent, justement, de financer les “expériences”, les trucs qui ne vont pas forcément être rentables. Avec un système auto-financé, on tendrait à ne publier que les choses rentables (idem pour un auteur auto-publié, d’ailleurs). La notion de risque disparaissant, les auteurs seraient poussés à faire des choses qui ont le maximum de chances de plaire au public, ce qui tend à minimiser la créativité au profit du “commercial”. Là encore, je ne crois pas que ce soit une bonne solution pour la culture… ;)

Deux commentaires personnels:
  1. Je suis bien d'accord a propos du rendement fixe. Mon espoir c'est qu'une oeuvre qui cartonne, meme si elle ne conduit pas a un revenu plus grand, conduit a une publicite plus grande, qui permet de fixer un prix total bien plus eleve pour l'oeuvre suivante: la notion de revenu variable est toujours la, meme si un peu decalee dans le temps et plutot basee sur la reputation (d'un editeur aussi bien qu'un auteur d'ailleurs).
  2. Pour les risques, je ne sais pas: il me semble qu'en reduisant de beaucoup le prix de distribution (plus exactement, on le reporte sur le public, de maniere a ce qu'il soit proportionnel a l'impact de l'oeuvre), on encourage justement les editeurs a financer des oeuvres originales, en limitant l'investissement au cout de production. Bien sur, ca limitera les debutants sans reputation a des oeuvres a faible cout de production, et n'encouragera que les producteurs (artistes ou editeurs) qui se sont fait une bonne reputation a investir dans des oeuvres a fort coup de production. Mais n'est-ce pas deja le cas, et une necessite de tout systeme de production?
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